La Gazette du Voyage Insolite n°6

Publié le 13 octobre 2026
Édito
Bon, nous sommes en octobre : c'est l'automne, ce qui était somme toute assez prévisible !
En revanche, ce qui l'était nettement moins, ce sont les articles de ce nouveau numéro, et nous espérons qu'ils vous épateront :
en podcast, le petit Salvatore, la Sicile et Cinema Paradiso ; un détour par Búzios, au Brésil, avec un roman-photo sur Brigitte Bardot et Bob Zagury ; l'histoire des capsules temporelles et celle de l'obélisque de Londres ; 10 langues que presque personne ne parle ; notre chroniqueur « El Incognito » et ses belles découvertes ; et toujours nos adresses pour vivre à votre tour ces expériences.
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Bonne lecture et un bel automne plein de jolies couleurs à tous.
L'équipe de rédaction de la Gazette

En 1988, dans un petit village de Sicile, un écolier passe un casting presque par hasard. Il s'appelle Salvatore, on le surnomme Totò, exactement comme le héros du film.
Quelques mois plus tard, Cinema Paradiso fait pleurer la planète.
Dans ce podcast, La Gazette du Voyage Insolite vous emmène à Palazzo Adriano, le village où la place est restée intacte et où le faux cinéma est devenu musée.
On y suit le destin de Salvatore Cascio : la gloire à 10 ans, la maladie cachée pendant vingt ans, puis le courage de tout raconter. Aujourd'hui encore, il vit à deux pas du décor qui l'a rendu célèbre.
Une histoire vraie, plus belle qu'un film.

En 1964, Brigitte Bardot découvre, grâce à Bob Zagury, un petit village de pêcheurs perdu sur la côte brésilienne. Loin des paparazzis et de l'agitation, elle y trouve un refuge inattendu. Sans le savoir, leur escapade va bouleverser le destin de Búzios et transformer ce coin de paradis en une destination mythique.
Retour en images sur une histoire digne d'un roman-photo.

Enfouir des objets pour qu'une génération future les découvre est un geste très ancien, mais le terme « capsule temporelle » n'apparaît qu'en 1938. Il désigne alors le cylindre que Westinghouse enterre sous l'Exposition universelle de New York, à Flushing Meadows.
Ce cylindre contient un microfilm de dix millions de mots, des graines, une montre Mickey et des objets du quotidien, et il ne doit être ouvert qu'en l'an 6939.
Peu après, en 1940, l'université Oglethorpe d'Atlanta scelle sa « Crypte de la Civilisation ». Cette pièce entière contient des films, des enregistrements et même une machine pour apprendre l'anglais aux lointains découvreurs, et son ouverture est prévue en 8113. Au Japon, l'Exposition d'Osaka de 1970 a laissé deux capsules jumelles : l'une est ouverte tous les cent ans pour vérifier son état, l'autre attendra cinq millénaires. La plus audacieuse est sans doute le disque d'or des sondes Voyager, lancé en 1977 vers les étoiles, avec des sons et des images de la Terre destinés à d'éventuels auditeurs extraterrestres.
Paris a aussi la sienne. En 1907, des disques de gramophone des plus grandes voix de l'époque furent scellés dans des urnes, dans les sous-sols de l'Opéra Garnier. On les a ouverts cent ans plus tard, en 2007, et ils ont révélé un patrimoine sonore oublié.
Mais l'une des plus pittoresques se trouve au bord de la Tamise. Lorsque l'obélisque dit « Aiguille de Cléopâtre » fut dressé sur le Victoria Embankment en 1878, les Victoriens glissèrent sous son socle un étonnant inventaire de leur époque :
un portrait de la reine Victoria et des pièces de monnaie,
des journaux du jour et un indicateur des chemins de fer,
des jouets d'enfant, un biberon, des épingles à cheveux, des cigares et un rasoir,
une Bible et un verset de l'Évangile traduit en plusieurs centaines de langues,
les photographies d'une douzaine des plus belles Anglaises du moment.
Personne ne l'a jamais ouverte. Depuis près d'un siècle et demi, ce monument égyptien vieux de 3 500 ans veille ainsi, sans le savoir, sur un petit morceau d'Angleterre victorienne.


On parle environ 7 000 langues sur la planète. La moitié de l'humanité n'en utilise pourtant qu'une vingtaine, et des milliers d'autres survivent dans un village, une vallée ou la mémoire de quelques anciens.
Notre classement vous propose la découverte de dix de ces langues méconnues : à la Gomera, aux Canaries, où les bergers se parlent en sifflant d'une montagne ; en Afrique australe, où le !Xóõ aligne des dizaines de clics ; en Papouasie, où le rotokas se contente d'une douzaine de lettres...
Découvrez ci-dessous notre sélection dans notre album à feuilleter.

Mais qui est El Incognito, le Voyageur Masqué ?
Un masque pour signature, un regard curieux pour boussole.
Grand voyageur bien réel, El Incognito a rejoint La Gazette du Voyage Insolite pour partager régulièrement ses meilleures adresses d'ici et d'ailleurs : lieux confidentiels, hôtels singuliers, bars cachés et découvertes inattendues.
Son identité restera secrète. Ses coups de cœur, eux, ne le seront pas.

Paris, octobre 2026.
Il y a des maisons devant lesquelles on passe cent fois en se promettant d'y entrer un jour. La Maison Loo était de celles-là.
Au 48 rue de Courcelles, à deux pas du parc Monceau, cette incroyable pagode rouge semble s'être trompée de continent. Coincée entre les immeubles haussmanniens, elle détonne joyeusement dans le paysage parisien.
Depuis longtemps, comme beaucoup de passants, elle m'intriguait. Que pouvait bien cacher cette façade chinoise, avec ses toits retroussés et ses ornements si peu parisiens ?
Cette fois, j'ai eu la chance de franchir la porte.
Et croyez-moi, l'intérieur mérite largement l'extérieur.
Mais avant de vous raconter ma visite, un petit détour par l'histoire s'impose.
Car notre pagode n'est pas née pagode !
À l'origine, c'était un hôtel particulier du XIXe siècle, tout ce qu'il y a de plus classique. Jusqu'à ce qu'un personnage hors du commun, Ching Tsai Loo, marchand d'art chinois installé à Paris, décide en 1925 de lui offrir une seconde vie.
Il fait appel à l'architecte Fernand Bloch pour transformer la demeure en un étonnant palais d'inspiration chinoise. Le résultat est spectaculaire.
Imaginez la tête des voisins de l'époque !
Mais revenons à ma visite.
Passé le seuil, j'ai eu cette sensation délicieuse que j'aime tant : celle de ne plus savoir exactement où je me trouve.
Des boiseries sculptées, des panneaux de laque, des plafonds richement décorés, des salons qui semblent raconter chacun une histoire différente…
J'ai pris le temps de regarder les détails. C'est souvent là que se cachent les plus belles surprises.
La Maison Loo fut longtemps un haut lieu du commerce de l'art asiatique. Collectionneurs, marchands et amateurs d'objets rares s'y retrouvaient pour admirer des œuvres venues de Chine et d'ailleurs.
Aujourd'hui, la maison a changé de vocation.
Désormais connue sous le nom de Pagoda Paris, elle accueille principalement des événements privés et professionnels.
Autrement dit, inutile de vous présenter à l'entrée en demandant un billet pour la visite. Ce n'est pas un musée ouvert au public.
En quittant les lieux, je me suis retourné une dernière fois pour regarder cette improbable pagode.
Je me suis demandé combien de Parisiens passent quotidiennement devant elle sans connaître son histoire, ni soupçonner ce qui se cache derrière ses murs.
C'est tout le plaisir de mes escapades : découvrir ce qui se trouve parfois juste sous notre nez ici ou ailleurs.
El Incognito — le Voyageur masqué
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